Mercredi 23 novembre 2011
Longtemps considéré comme le château d’eau du Moyen Orient, avec des précipitations annuelles moyennes variant entre 800 et 1000 mm, le Liban dilapide son eau au moment où la sécheresse gagne du terrain chez ses voisins. L’eau de ce petit pays « dévale les pentes, roule et rebondit sur des parcours sinueux et des gorges profondes, laissant dans la nature des parfums subtils, des chuchotements gais et tumultueux et des bourdonnements complices ». L’écoulement de l’eau vers la mer se fait rapidement à cause de la verticalité du relief ce qui réduit son apport utile. Toutefois, le manque d’infrastructures adéquates demeure la principale source de gaspillage de l’une des principales richesses du Liban.
Quelques éléments de constat aujourd’hui
Seules 10% des ressources en eau du pays sont exploitées, plus de la moitié de l’eau de pluie est gaspillée et près de 40% de l’eau est perdue dans les canaux de distribution à cause du manque d’entretien des réseaux d’adduction.
A ces quelques chiffres vient s’ajouter un niveau de pollution alarmant qui dégrade progressivement la qualité de l’eau souterraine et en surface. Les 2000 rivières et les 40 fleuves qui traversent le Liban ainsi que les nappes phréatiques sont tous pollués à cause des activités agricoles et industrielles et à cause des lacunes en matière d’évacuation d’eaux usées et du traitement des déchets physiques de toute sorte.
A ces réalités déplorables vient s’ajouter un immobilisme politique qui bloque la modernisation du secteur de l’eau :
Par ailleurs, dans sa stratégie décennale (2000-2010) reconduite jusqu’en 2018, le ministère de l’Energie et des Ressources hydrauliques a prévu 18 barrages pour remédier au déficit en eau du pays. A part l’accroissement des capacités de stockage, ces différents projets visent également à accroitre la production de l’électricité à partir de l’énergie hydraulique ; une énergie faiblement utilisée jusqu’à présent : juste 13% de la production totale d’électricité au Liban est générée à partir de centrales hydroélectriques. Toutefois, 11 ans après, un seul un barrage d’eau a été finalisé et les aberrations dans le secteur sont multiples :
Face à la déficience du secteur public à répondre aux besoins en eau de la population libanaise, un marché privé s’est développé. Les foyers libanais ont ainsi recours aux prestataires privés à hauteur de 75% de leurs dépenses annuelles en eau. Certes, cela constitue un coût financier considérable pour les ménages mais le développement de ce vaste marché parallèle pose un sérieux problème pour la pérennité des nappes phréatiques. En effet, le pompage excessif et le puisement anarchique n’obéissent pas aux lois en vigueur concernant la profondeur des puits et la capacité d’exploitation journalière.
L’ensemble de ces dysfonctionnements dans l’offre sont d’autant plus graves que la demande en eau est en continuelle augmentation. L’évolution prévue de la demande annuelle en eau est estimée à près de 64% pour les particuliers et l’industrie et à 14% pour l’agriculture d’ici l’année 2020.
Ainsi, si dans le passé cette ressource a paru suffisante, voire même abondante, la situation actuelle n’est plus tellement rassurante. Les investissements en infrastructures hydrauliques sont urgents et le ministère, principal acteur du secteur, en est bien conscient.
Des principes directeurs d’une stratégie revisitée, aux multiples facettes
A la lumière de ces constats, la stratégie du ministère lors de la rénovation de la stratégie décennale, a été élaborée suivant les principes suivants :
Cette stratégie est structurée suivant deux axes principaux : l’infrastructure et le management.
Pour l’infrastructure les objectifs se situent à 3 niveaux :
Les objectifs relatifs au management dans le secteur de l’eau se regroupent en 5 catégories :
Selon la Banque Mondiale, le coût de l’inaction au niveau de l’offre dans le secteur de l’eau au Liban s’élève à 1,8% du PIB. Il atteint les 2,8% si on lui inclut le coût de la dégradation de l’environnement causé par les eaux usées non traitées.
De nombreux projets à mener, couvrant tous les domaines
En vue de réaliser ces différents objectifs, les projets à mener sont nombreux et variés :
Il est vrai que depuis longtemps l’eau n’était pas, et ne devait pas être, pour des raisons, de droit, d’équité, ou de religion, un bien économique. Mais, de nos jours il ne faut pas ignorer la dimension économique de la rareté de l’eau surtout dans une région en proie à l’aridité comme celle dans laquelle baigne le Liban, où les futurs conflits auront pour enjeu principal le contrôle des ressources hydriques. Le Liban dilapide son eau depuis des décennies déjà. Il est temps de réformer le secteur suivant une stratégie qui met en place les infrastructures adéquates et en assure une gestion pérenne. Une des clés de succès reposera sur la bonne gouvernance dans l’instruction des projets, avec des cadrages amont exhaustifs permettant d’aboutir à des consensus et un pilotage serré dans la mise en place des projets.